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22 septembre 1992 Événement majeur
Résumé
Vaison-la-Romaine, 22 septembre 1992 : l'Ouvèze tue 34 personnes
Les 21 et 22 septembre, un épisode très actif touche le Midi. Le 21, Le Caylar bat le record de pluie en 24 heures de l'Hérault. Le 22, l'épisode gagne la Drôme et le Vaucluse, où 200 à 300 mm tombent en quatre à cinq heures, pour une normale mensuelle proche de 80 mm. L'Ouvèze déborde brutalement à Vaison-la-Romaine. Orange, à 25 km, ne reçoit que 51 mm.
Cumuls les plus élevés
| 215 mm | Malaucène |
Départements concernés
Bouches-du-Rhône (13), Drôme (26), Gard (30), Lozère (48), Rhône (69), Vaucluse (84)
Article
Vaison-la-Romaine, 22 septembre 1992 : la crue meurtrière de l'Ouvèze
Les 21 et 22 septembre 1992, le sud de la France subit un épisode pluvieux d'une grande activité, qui culmine le 22 avec la catastrophe de Vaison-la-Romaine. Selon l'ouvrage Les événements naturels dommageables en France et dans le monde en 2007 (pages 32 à 41), l'événement a fait 47 victimes, dont 34 à Vaison-la-Romaine.
Des Cévennes au Vaucluse : deux journées de pluies exceptionnelles
Dès le 21, le relief cévenol reçoit des quantités d'eau considérables : plus de 200 mm sur l'Ardèche, le Gard, la Lozère et l'Hérault. Dans ce dernier département, la station du Caylar mesure 448 mm, une valeur qui constitue encore aujourd'hui le record de pluie en 24 heures pour l'ensemble de l'Hérault.
Le 22, l'épisode reste très actif sur le Gard et l'Ardèche, où l'on relève de nouveau jusqu'à 270 mm. Il franchit ensuite le Rhône et atteint la Drôme et le Vaucluse. Là, il tombe 200 à 300 mm en seulement quatre à cinq heures, alors que la hauteur de pluie normale d'un mois entier y avoisine 80 mm.
Le maximum, 300 mm, est enregistré à Entrechaux, sur l'Ouvèze, à seulement six kilomètres en amont de Vaison-la-Romaine. C'est le débordement brutal de cette rivière qui transforme l'épisode en catastrophe à Vaison. Les cumuls sont pourtant plus faibles sur la ville elle-même, avec 179 mm, ainsi qu'à Carpentras, avec 212 mm. À Orange, distante de 25 km, on ne relève que 51 mm : un contraste qui montre à quel point les quantités de pluie peuvent varier d'un point à l'autre au cours d'un tel épisode.
Des intensités remarquables dans le Vaucluse
La station météorologique de Carpentras enregistre au total 212 mm, dont :
- 68,2 mm en une demi-heure ;
- 85,8 mm en une heure ;
- 150,4 mm en deux heures ;
- 160 mm en trois heures ;
- 200 mm en six heures.
Entre 11 h 12 et 12 h 36 UTC, soit en un peu plus d'une heure, cette station relève dix intensités supérieures à 10 mm en six minutes, dont cinq au-delà de 15 mm, avec un maximum de 18,5 mm en six minutes.
Les relevés au pas de six minutes des stations automatiques de Buis-les-Baronnies, Carpentras et Vaison-la-Romaine, toutes trois situées sur le bassin versant de l'Ouvèze, montrent que les fortes intensités y sont survenues au même moment.
Chronologie de la crue
Une première salve pluvieuse, d'un peu moins d'une heure, commence vers 10 h 30 et apporte 20 à 90 mm selon les secteurs : elle déclenche une première montée de l'Ouvèze. Après une accalmie d'environ une heure, la pluie reprend pendant près de deux heures, avec des intensités très fortes et des cumuls de 150 à 200 mm. L'essentiel des précipitations tombe ainsi en moins de deux heures, entre 13 h et 14 h 45 (heure légale), à un rythme pouvant atteindre 20 litres d'eau par mètre carré en six minutes.
Ces pluies, concentrées sur une partie du bassin de l'Ouvèze, provoquent une crue qui atteint son maximum à 15 h 40 (heure légale), quelques heures à peine après le début de l'épisode. D'après le CEMAGREF, 66 millions de m³ d'eau se sont déversés sur le bassin versant situé en amont de Vaison, d'une superficie de 587 km². Au plus fort de la crue, le débit avoisinait 1 000 m³/s au pont romain, et l'Ouvèze transportait de nombreux objets à des vitesses proches de 4 m/s en aval de l'ouvrage (CEMAGREF Lyon).
Un détail illustre les limites de toute mesure : le pluviomètre d'Entrechaux était alors récent, puisqu'il n'avait été installé qu'en 1989. Sans lui, la valeur la plus forte relevée près de Vaison aurait été celle de Malaucène, à 9 km, avec 215 mm. Même avec un réseau dense, les maxima mesurés restent souvent en deçà de ceux qui se produisent réellement.
Une rivière coutumière des grandes crues
Un historique des crues de l'Ouvèze, réalisé à l'occasion de cet événement par la Mission du Conseil général des Ponts et Chaussées, rapporte qu'un « grand désastre » comparable s'était déjà produit le 21 août 1616. La dernière crue majeure de la rivière remontait au 11 novembre 1951. L'épisode de 1992 a également fait l'objet d'un article de Guy Blanchet, publié en septembre 2008 dans la revue n° 8 de la Société météorologique de France (SMF). Un repère de crue est aujourd'hui fixé près du pont romain de Vaison.
Ce que révèlent le radar et le satellite
Les images du radar de Nîmes, entre 7 h 30 et 12 h 15 UTC, permettent de reconstituer le déroulement de l'épisode. Une ligne d'échos associée à un front froid très actif, orientée du sud vers le nord, se décale lentement vers l'est pendant toute la journée, précédée de pluies stratiformes. Tôt dans la matinée, une ligne de grain remonte de la Méditerranée et traverse la région vers le nord-est, peu avant la naissance du système orageux responsable de la catastrophe.
Vers 9 h 30 UTC, une puissante cellule se forme au-dessus des Alpilles. Entre 10 h 15 et 11 h UTC, elle traverse très rapidement le nord des Bouches-du-Rhône, le Vaucluse et la Drôme. Dès 9 h 50 UTC, sa réflectivité correspond à une intensité de pluie de 65 mm/h. Filant vers le nord à une vitesse moyenne de 120 km/h, elle atteint près de Visan (Vaucluse) une intensité équivalente de 155 mm/h. Des rafales de 25 m/s (90 km/h) accompagnent son passage ; à Châteaurenard, dans le nord des Bouches-du-Rhône, le toit des tribunes d'un stade est arraché. À Carpentras, Orange et Montélimar, la cellule provoque une baisse temporaire de pression d'environ 2 hPa (1,4 hPa en six minutes à 10 h 06 UTC à Carpentras), suivie d'un refroidissement d'environ 1,3 °C. Les précipitations les plus intenses sur le Vaucluse surviennent ensuite entre 11 h et 13 h UTC.
L'imagerie satellite infrarouge, où les zones les plus claires correspondent aux sommets nuageux les plus froids et donc les plus élevés, révèle la signature typique des épisodes orageux à pluies extrêmes du Midi : un panache nuageux en forme de « V ». On parle de système convectif de méso-échelle, régénératif et stationnaire. En fin de nuit du 21 au 22, un tel système se forme sur la Catalogne espagnole puis se déplace vers l'est-nord-est. L'après-midi, un système stationnaire génère pendant plusieurs heures une succession de cellules orageuses qui déversent des quantités d'eau considérables sur les versants du Ventoux et des Baronnies, à l'origine du drame de Vaison-la-Romaine. Le système se décale ensuite vers l'est et provoque d'importants dégâts dans le nord de l'Italie, surtout en Ligurie, où une organisation convective de plus petite échelle stationnait déjà depuis plusieurs heures.
Texte original Météo-France (validation) – cliquer pour afficher
22 septembre 1992
Vaison la Romaine : la catastrophe
Les 21 et 22 septembre 1992, les régions méridionales sont touchées par un épisode pluvieux très actif.
Le 22 se produit la catastrophe de Vaison.
Cet événement a provoqué 47 victimes dont 34 à Vaison-la-Romaine.
Source : "Les événements naturels dommageables en France et dans le monde en 2007, pages 32 à 41.
Le 21, des quantités d’eau très importantes sont relevées sur le relief cévenol : plus de 200 mm sur l’Ardèche, le Gard, la Lozère et l’Hérault, où la valeur de 448 mm est mesurée au Caylar. Cette valeur demeure à ce jour le record en 24 heures pour l’ensemble du département de l’Hérault.
Le 22, l’épisode est encore très actif sur le Gard et l’Ardèche, où on atteint à nouveau jusqu’à 270 mm.
Puis, à l’est du Rhône, il touche la Drôme et le Vaucluse où les précipitations ont atteint 200 à 300 mm en seulement 4 à 5 heures (pour une hauteur normale mensuelle proche de 80 mm).
Voir un clip vidéo de l’événement sur le site de l’INA (Institut National de l’Audiovisuel)
Le maximum de 300 mm a été enregistré à Entrechaux, à seulement 6 kilomètres en amont de Vaison-la-Romaine, sur l’Ouvèze (voir les volumes d’eau correspondants)
A Vaison-la-Romaine, il prend les proportions d’une catastrophe suite au débordement brutal de l’Ouvèze.
A Carpentras et à Vaison-la-Romaine, les valeurs ont été moindres : respectivement 212 mm et 179 mm.
A Orange (25 km de Vaison), seulement 51 mm : un exemple qui illustre bien la très grande variabilité spatiale des quantités de pluies pouvant se produire lors d’un tel épisode.
Intensités remarquables sur le Vaucluse :
La station météorologique de Carpentras relèvera 212 mm dont :
68,2 mm en 1/2 h,
85,8 mm en 1 h,
150,4 mm en 2 h,
160 mm en 3 h,
200 mm en 6 h.
Entre 11 h 12 et 12 h 36 UTC, soit en 1 h 1/4, 10 intensités supérieures à 10 mm/6 min ont été enregistrées dont 5 supérieures à 15 mm/6 min, la valeur maximale étant de 18,5 mm en 6 min.
Graphique des pluies au pas de temps 6 min relevées sur les stations automatiques de Buis-les-Baronnies, Carpentras et Vaison-la-Romaine, situées sur le bassin versant de l’Ouvèze.
Il montre la simultanéité des fortes intensités sur ces 3 stations.
Une première séquence d’une petite heure débute vers 10 h 30 apportant selon les secteurs de 20 à 90 mm. Elle amorce une première montée des eaux de l’Ouvèze.
Après une accalmie d’environ 1 heure, les précipitations reprennent et vont durer environ 2 heures avec de très fortes intensités. Les hauteurs d’eau recueillies au cours de cette séquence sont de 150 à 200 mm. La majorité des pluies est ainsi tombée en moins de 2 heures, de 13 h à 14 h 45 légales avec des intensités atteignant 20 litres d’eau/m2 en 6 min.
Affectant une partie du bassin versant de l’Ouvèze, ces pluies ont provoqué une crue atteignant son maximum à 15 h 40 légales, soit quelques heures seulement après le début de l’épisode. Sur le bassin versant en amont de Vaison (587 km2), 66 millions de m3 se sont ainsi déversés (source : CEMAGREF).
Signalons aussi que le point de mesure d’Entrechaux était à cette date un poste récent, ouvert seulement depuis 1989. Si l’évènement s’était produit avant cette date, la valeur maximale enregistrée à proximité de Vaison n’aurait été que de 215 mm à Malaucène, à 9 km. Ceci montre bien que, malgré un réseau de mesures très dense, les valeurs maximales observées sont souvent inférieures aux maxima pouvant réellement se produire.
Les vestiges gallo-romains
de Vaison la Romaine après l’inondation.
(Photo L. Krougly et A. Barbet, CNRS)
Vue du site en 2010.
(Photo Météo-France S. Balaguer)
Vue amont du Pont Romain de Vaison.
A droite l’emplacement du repère de la crue.
(Photo Météo-France S. Balaguer)
La plaque indiquant la hauteur de la crue de l’Ouvèze
se situe sur le mur de droite.
(Photo Météo-France S. Balaguer)
Un historique des crues de l’Ouvèze (document PDF de 9 Mo à télécharger) réalisé par la Mission du Conseil Général des Ponts et Chaussées à l’occasion de cet événement montre qu’un "grand désastre" semblable s’est produit le 21 août 1616.
Sur cette rivière, la dernière crue majeure datait du 11 novembre 1951.
A lire sur cet événement l’article de Guy Blanchet, extrait de la revue n°8 de la SMF (Société météorologique de France) parue en septembre 2008 dont est extraite la photo ci-dessous du Pont Romain de Vaison-la-Romaine
Au plus fort de la crue, le débit était de l’ordre de 1000 m3/s au pont romain et l’Ouvèze charriait de nombreux objets à des vitesses voisines de 4 m/s à l’aval du pont (CEMAGREF Lyon).
La catastrophe de Vaison-La-Romaine vue par les images du radar de Nîmes le 22 septembre 1992 entre 07h30 et 12h15 UTC
Les images radar permettent de retracer la chronologie de l’épisode. Les zones en jaune/orangé correspondent aux plus fortes réflectivités radar, donc aux zones de précipitations les plus intenses.
On observe une ligne d’échos radar associée à un front froid très actif orienté sud-nord, poursuivant tout au long de l’épisode un lent mouvement vers l’est. A l’avant, en bleu, des pluies stratiformes.
Ci-dessous, sur les images radar de 07 h 30, 07 h 45, 08 h 15, 08 h 30 UTC.
on voit la ligne de grain qui remonte la Méditerranée et traverse la région en direction du nord-est, peu de temps avant la formation du système orageux à l’origine de la catastrophe de Vaison la Romaine.
Une grosse cellule s’est formée au niveau des collines des Alpilles vers 09 h 30 UTC et a traversé très rapidement, entre 10 h 15 et 11 UTC le nord des Bouches-du-Rhône, le département de Vaucluse et la Drôme.
A 09 h 50 UTC, les échos radar atteignaient déjà une réflectivité correspondant à une intensité pluviométrique équivalente de 65 mm/h. La cellule, animée d’un rapide mouvement vers le nord (sa vitesse moyenne est de 120 km/h), atteint aux environs de Visan (Vaucluse), une intensité pluvieuse équivalente de 155 mm/h. A son passage on a relevé des rafales de 25 m/s (90 km/h). A Châteaurenard, dans le nord des Bouches-du-Rhône, un toit de tribunes de stade a été arraché. Le passage de cette cellule à Carpentras, Orange et Montélimar s’est accompagné d’une chute de pression temporaire de l’ordre de 2 hPa (1.4 hPa en 6 mn à 10 h 06 UTC à Carpentras), puis d’un refroidissement d’environ 1.3°C.
Ci-dessous, les images radar de 10 h 15, 10 h 30, 10 h 45, 11 h 00 UTC
Entre 11 et 13 UTC se produiront les précipitations les plus intenses sur le Vaucluse, ci-dessous image de 12 h 15
Animation des images radar du 22 septembre 1992 de 7h30 à 18 h UTC toutes les 15 minutes
La catastrophe de Vaison-La-Romaine vue par les images satellites dans le canal infrarouge du 22 septembre 1992 de 06 h à 18 h UTC toutes les 30 min
Elles permettent de retracer la chronologie de l’épisode. En imagerie satellite dans le canal infrarouge, les zones les plus claires indiquent les sommets nuageux les plus froids, donc les plus élevés (amas de cumulonimbus).
Le système pluvieux à l’origine de ces quantités de pluies qui se sont déversées en seulement quelques heures a une signature caractéristique des épisodes orageux à précipitations extrêmes sur les régions méditerranéennes. En imagerie satellite, dans le canal infrarouge, le corps pluvieux apparaît tel un "panache" en forme de "V".
Ce 22 septembre 1992, un tel système, encore appelé "système convectif de méso-échelle, régénératif, stationnaire et en forme de V" affecte le nord du Vaucluse et le sud de la Drôme.
En fin de nuit du 21 au 22, un système convectif stationnaire se forme sur la Catalogne espagnole. Il entame un déplacement vers l’est-nord-est.
Ci-dessous les images de 03 h 00, 03 h 30, 04 h 00, 04 h 30, 05 h 30.
Dans l’après-midi, un système convectif stationnaire va engendrer pendant plusieurs heures ces cellules convectives. Ce long chapelet de cellules orageuses va déverser des quantités d’eau considérables sur les versants du Ventoux et des Baronnies et sera à l’origine de la catastrophe de Vaison-la-Romaine.
Ci-dessous les images de 11 h 00, 12 h 30, 13 h 30.
Le système se décalera ensuite vers l’est et ira causer des dégâts considérables en Italie du nord, principalement en Ligurie où une organisation convective de plus petite échelle stationnait déjà depuis plusieurs heures.
Ci-dessous les images de 14 h 00, 15 h 00 et 17 h 30
Animation des images satellite dans le canal infrarouge du 22 septembre 1992 03 h à 18 h UTC toutes les 30 minutes
Animation des cumuls horaires d’impacts de foudre mesurés au sol, à partir du réseau Météorage heure par heure le 22 septembre 1992 + le cumul de la journée.
Carte des cumuls sur 1 jour sur le Vaucluse le 22 septembre 1992
Relevés détaillés
La station météorologique de Carpentras relèvera 212 mm dont
| Valeur | Lieu | Dép. | Précision |
|---|---|---|---|
| 85,8 mm | 1 h | ||
| 150,4 mm | 2 h | ||
| 160 mm | 3 h | ||
| 200 mm | 6 h. | ||
| 18,5 mm | en 6 min | ||
| 215 mm | Malaucène |